L’apprentissage linguistique d’aujourd’hui.

Après des décennies d’expérimentation et de développement, la formation en langues a probablement la plus d’approches pédagogiques différentes que tous les autres thèmes de formation dans le marché (Richards & Rodgers, 2014).

Avec toute cette diversité, comment est-ce que le responsable de formation d’une société peut choisir entre tous les offres différents des fournisseurs de formation linguistique pour avoir le meilleur retour sur son investissement ?

Les études nous montre de plus en plus aujourd’hui l’importance d’une apprentissage personnalisée (Gamrat et al., 2014). Les meilleurs fournisseurs sont donc éclectiques dans leur choix d’approche pédagogique, en optant pour des parcours sur mesure selon les besoins d’un apprenant. Cela demande beaucoup de ressources et des formateurs assez expérimentés, ce qui devient de plus en plus dur dans le marché de la formation professionnelle en France (Frétigné, 2010).

Le seul moyen de réduire le coût d’un parcours, sans affecter sa qualité, c’est d’introduire les moyens numériques d’apprentissage. Mais cela peut poses encore un problème pour les responsables de formation – comment vérifier la qualité d’une offre de formation qui est partiellement en ligne ?

Voici quelques facteurs clé à vérifier avant de choisir un fournisseur de formation en langues :

1. Fixer des objectifs réalistes

précision objectifs pédagogiquesLe développement d’une compétence implique une combinaison de facteurs incroyablement complexes – la motivation de l’apprenant, son histoire personnelle et éducative, son temps libre, sa confiance et estime de soi, son avis sur le bon moyen d’apprendre, et ainsi de suite.

L’estimation de combien de temps nécessaire pour un apprenant de faire du progrès, et de quoi il peut s’attendre en termes de résultat, est un travail épineux. Un formateur expérimenté peut le réaliser par intuition, mais il n’y a jamais de garantie.

C’est pour cela que la formation en langues est largement différente de la plupart d’autre thèmes de formation professionnelle, où les objectifs sont définis en phrases et chiffres clairs et nets, et qui devraient être réalisables dans la durée de formation prévue.

Mais pour les langues, sans ces indicateurs, comment est-ce que un responsable formation peut prouver un retour sur son investissement?

Une des clés du succès d’une formation en langue est le choix prudent de langage utilisé en fixant les objectifs. Suivant l’exemple du cadre européen commun de référence pour les langues (le CEFR/CERCL), les descripteurs du genre ‘savoir-faire’ sont souvent les plus appropriés. L’objectif doit aussi prendre en considération les exigences précises en termes de tâches professionnelles que l’apprenant est obligé de faire dans la langue cible.

Par exemple, pour une assistante de direction qui a un niveau débutant dans la langue cible, il serait irresponsable de dire, « à la fin de cette formation, l’apprenant sera capable de recevoir un client au téléphone en parlant la langue cible. » Cet objectif manque de précision en termes de sa tâche professionnelle, et ne fait référence à aucune compétence linguistique spécifique impliquée dans la réalisation de cette tâche.

De plus, il n’est pas mesurable. Il doit être donc réécrit d’une façon plus précise, par exemple :

« A la fin de cette formation, l’apprenant sera capable de :
– répondre à un appel d’un interlocuteur qui ne parle que la langue cible et lui diriger vers son interlocuteur final en utilisant le langage appris pendant la formation.
– comprendre un interlocuteur natif ou non-natif de la langue cible dans une simple démarche de vouloir le diriger vers son interlocuteur final, en supposant qu’il accepte de parler lentement, clairement et sans utiliser des expressions familières. »

Il faut donc utiliser des descripteurs assez détaillés avec un vocabulaire clair pour réaliser des objectifs réalistes, réalisables et mesurables.

2. Utiliser un contenu personnalisé

compétences linguistiquesLa personnalisation des parcours de formation est un sujet brûlant (McLoughlin & Lee, 2010). Cela pose un problème pour les organismes qui proposent des formations classiques. Ils ont souvent été obligés à adopter une stratégie à grande échelle afin de survivre les tarifs de formation en baisse perpétuelle. Les formations (contenu et systèmes de suivi) qui doivent souvent être déployées à un très grand nombre d’apprenants, par exemple une formation en santé et sécurité pour une grande société, rendent la personnalisation difficile. Le budget de formation dans une société ne peut simplement pas supporter des cours face à face traditionnels pour un tel nombre de personnes.

Cela nous amène vers la création de contenu en auto-formation, où on réduit le temps avec un formateur mais le contenu doit être assez générique afin d’être assez pertinent pour un grand éventail de profils. Le résultat peut rendre les taux de satisfaction bas en termes d’appréciation. Il satisfait à tous, mais n’intéresse personne.

De nombreux prestataires de formation se sont dévoilés depuis les dernières années pour profiter de ce besoin. Ils offrent du conseil dans la création de contenu numérique ainsi que leurs propres plateformes d’apprentissage et de suivi. Ils garantissent des taux de motivation plus élevés dans les formations à grande échelle à travers le ‘gamification’, le ‘social learning’, les ‘serious games’, etc.

Malheureusement, ils ne peuvent pas répondre aux exigences de la formation en langues. En général, la formation linguistique à grande échelle manque une chose essentielle pour le développement de compétences en langues – la pratique orale avec un interlocuteur en live.

On peut trouver des preuves à travers les examens en langues qui ne testent que les compétences passives, comme le TOEIC ou le BULATS. Il existe souvent le cas où le résultat de ces tests est bien plus élevé que le niveau oral réel d’un candidat. Chaque formation qui marginalise la pratique orale et écrite en développant les compétences passives ne peut pas garantir un niveau opérationnel dans notre monde globalisé d’aujourd’hui. C’est malheureusement le cas quand le temps avec le formateur est réduit au minimum afin de baisser le coût de la formation.

Une formation en langues de qualité nécessite que les apprenants parlent et/ou écrivent (produisent) pour faire du progrès. Ca veut dire que chaque cours doit laisser la place pour des mises en situation et d’autres opportunités à faire de la pratique. Le contenu d’une conversation orale avec un apprenant sera, par nature, variable et difficile à prévoir.

On doit permettre à l’apprenant d’utiliser son imagination et de s’exprimer librement en répondant aux questions. Si le créateur du programme de formation essaie de standardiser le contenu de cette conversation, en le réduisant en script pré-préparé, l’apprenant ne développera pas de réactivité naturelle nécessaire à bien se comporter dans les échanges réels. La formation de qualité exige aussi qu’on donne la liberté au formateur d’adapter les jeux de rôle au contexte et aux difficultés individuelles de l’apprenant.

Par exemple, imaginons une série de formations de 40-heures dans une société mondiale d’informatique. Quelques collaborateurs sont en difficulté avec des interlocuteurs à l’international pendant des conf-calls et lorsqu’ils écrivent des mails. Un organisme de formation a été demandé de résoudre ces difficultés opérationnelles. Les cours individuels sont réalisés en face à face avec un formateur. Le programme contient des thèmes comme « bien commencer un conf-call », « exprimer son avis en groupe », etc.

Je suis un des formateurs, et cette semaine j’ai deux apprenants qui vont travailler sur le thème « présenter les rapports et les résultats ». Le premier apprenant vient du service marketing, et il doit présenter les résultats des sondages aux équipes de développement de produits. L’autre apprenant vient du service finance, et il doit présenter les rapports mensuels sur les bénéfices de la société à une équipe internationale de cadres supérieurs.

Si mon cours était standardisé, les deux apprenants recevraient les mêmes jeux de rôles pour leurs simulations – peut être quelque chose de spécifique comme présenter un rapport de ventes. Cela n’aiderait pas à développer leurs compétences précises, une obligation nécessaire afin d’être opérationnel dans leurs travails respectifs. Ils seraient beaucoup mieux servis si je concevais un jeu de rôle personnalisé pour chacun en me mettant à la place de leurs interlocuteurs habituels.

En amont, je leur demanderais à me présenter un vrai rapport pour que je puisse apprendre le genre de vocabulaire nécessaire dans leur travail, puis je leur poserais des questions sur leurs chiffres en utilisant ce langage spécifique. Ce genre de personnalisation fait que la formation soit plus efficace et que la réussite des objectifs soit plus sûre.

3. Pratiquer plus

pratiquer anglaisLa formation en langues, comme tous les autres types de formation, a un talon d’Achille – elle est soumise au système d’acquisition du cerveau pour être utilisé dans la durée. De nombreuses études ont montré l’existence d’une ‘courbe de l’oubli’. C’est à dire que la nouvelle information retenue par le cerveau au moment qu’il est appris, si elle n’est pas rappelée à la suite pendant un certain temps, deviendra irrécupérable plus tard.

Ce que ça veut dire dans la formation en langues, c’est qu’un apprenant peut apprendre un nouveau mot ou phrase dans un cours ; il l’utilise peut-être une ou deux fois pendant les prochaines semaines ; il réussit à le ressortir dans un test de progrès ; il est content et le formateur et le responsable de formation sont contents ; par contre peu de temps après il ne fait plus sa tache habituelle qui nécessite ce mot ou phrase pendant un moment – il n’en a plus besoin pendant plusieurs mois ; puis, inexplicablement, en reprisant sa tache habituelle, il n’est plus capable de l’exprimer. Cela représente l’effet de la courbe de l’oubli. L’apprenant a passé le point de non-retour.

La clé de l’acquisition à long-terme et la pratique fréquente et prolongée.

Comme un programme de formation linguistique ne fournit pas forcément le vocabulaire et les phrases à être retenus par l’apprenant, c’est au formateur de comprendre le langage qui pose problème. Ce contenu devrait être consolidé le plus possible par le formateur au cours de la formation afin d’assurer que la courbe de l’oubli est la plus longue possible. On doit aller plus loin et donner à l’apprenant une liste de vocabulaire et des phrases que le formateur considère essentiels pour être opérationnel dans son travail, comme défini dans les objectifs de la formation. Le formateur devrait encourager l’apprenant à réviser cette liste souvent.

4. Penser à la motivation intrinsèque

motiver en anglaisQuand on crée une formation, c’est important de réfléchir à quel point les exercices à faire sont basés sur la motivation intrinsèque (le désir personnel) ou extrinsèque (en dehors du désir personnel). Ces deux formes ne représentent pas une dichotomie, ils peuvent plutôt être imaginées comme une échelle. D’un extrême il y a un haut niveau de de résistance ou de désintéressement. Plus qu’on avance vers l’autre extrême, plus l’exercice est accepté par son utilité. Plus loin encore on commence à voir apparaître du désir personnel dans la perception de l’activité (Ryan & Desi, 2000).

Pour le créateur du programme de formation, cela représente un besoin d’introduire des thèmes et du contenu qui a une valeur implicite. Le défi du formateur, c’est d’animer les cours d’une façon qui bouge la perception de la formation vers le côté intrinsèque en analysant les réactions de l’apprenant dans les cours et en faisant évoluer le programme en conséquence.

Voici une nouvelle opportunité de parler de l’importance de la personnalisation de formation. Dans le cas d’une formation traditionnelle, par exemple une société qui sort un nouveau produit dont les fonctionnalités doivent être mémorisées par tous les commerciaux, il serait assez difficile à la personnaliser suffisamment d’une façon intrinsèque. Cela dit, on peut montrer aux stagiaires les avantages monétaires en cas d’augmentation des ventes, comme des primes ou des commissions.

La formation en langues peut fonctionner de la même façon, en faisant rappeler aux apprenant le potentiel de l’avancement professionnel qu’apporte les compétences linguistiques. Heureusement, on a l’avantage dans presque tous les cas de facilement personnaliser nos parcours, mêmes les plus stricts, en utilisant simplement des exemples venants de la vie professionnelle de l’apprenant. Il ressent le plaisir de partager des cas concrets avec un vrai interlocuteur, même s’il est formateur, et son perspectif de la formation se dirige vers le côté intrinsèque de la motivation.

5. Se concentrer sur les compétences professionnelles

compétences professionnelles anglaisDans le monde de la formation professionnelle, la raison d’une société à choisir un fournisseur de formation est plus souvent un choix stratégique qu’une récompense pour les employés. Même si l’apprentissage d’une langue étrangère représente un avantage intangible, comme il permet l’apprenant à mieux communiquer pendant les rencontres dans la vie sociale, ou pendant leurs vacances, l’objectif primaire est de leur rendre capable d’exécuter leurs tâches professionnelles plus efficacement.

Prenons l’exemple à nouveau d’un commercial qui doit vendre le nouveau produit de la société aux clients étrangers, mais son niveau à l’oral lui donne des difficultés à conclure certaines ventes. Il devra faire une formation linguistique afin de l’aider à gagner plus d’argent pour la société en ventes.

Le problème avec notre exemple, c’est que c’est très difficile à diagnostiquer exactement où sont les problèmes dans la communication dans une langue étrangère. Si le problème de « langue » est absent, par exemple si le vendeur a des problèmes pour enregistrer les détails d’une commande dans le logiciel de vente, la formation se focaliserait sur la bonne utilisation du logiciel, avec son succès mesuré par les résultats d’une mise en situation où l’apprenant doit enregistrer une commande à la fin de la formation.

Cela a un impact clair sur la capacité de l’apprenant à exécuter son travail efficacement, qui va finalement gagner plus de revenus pour la société. Quand ce même commercial a du mal à vendre le même produit à cause de ses difficultés linguistiques, les permutations possibles dans le diagnostic sont vastes, ce qui fait que les objectifs d’une formation en langues sont complexes et presque impossibles de standardiser.

Afin de réduire cette complexité à un niveau gérable, les formateurs professionnels réduit le périmètre de la formation aux tâches professionnelles spécifiques aves lesquelles l’apprenant a du mal. Il faut une expérience en matière de procédures d’entreprise et une capacité à simuler et à diagnostiquer les situations professionnelles que l’apprenant est demandé à faire dans sa langue ciblée (Lomperis, 2017).

En prenant une dernière fois l’exemple du commercial au dessus, le formateur doit réaliser une mise en situation qui permet de rehausser la confiance et la réactivité de l’apprenant. Le formateur doit aussi créer chaque cours avec un objectif pédagogique d’explorer et de mettre en pratique les compétences visées dans la langue ciblée.

L’objectif global de la formation sera de constater que l’apprenant a fait du progrès notable à cet effet. Il n’y aura pas beaucoup de déviation dans ce parcours, sauf en cas de changement de besoin signalé par l’apprenant et qui n’a pas été noté dans l’évaluation initiale. Par conséquent, l’apprenant a plus de chance de terminer sa formation avec de meilleures capacités à effectuer efficacement son travail.